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Terminologie française de la rapière au XVIIème siècle |
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Préambule Les escrimeurs utilisent aujourd'hui une terminologie complète et précise permettant de décrire les techniques mises en oeuvre au cours d'un combat. Cette terminologie, valable pour l'escrime actuelle au fleuret, à l'épée ou au sabre, de même que la terminologie employée en escrime artistique, ne permettent pas une lecture des traités écrits en France au XVIIème. Les concepts ont évolué, certains mots n'ont plus tout à fait le même sens, d'autres ont un sens totalement différent... Pour décrire la terminologie en usage à cette époque, je me réfère à trois ouvrages, décrivant une escrime très semblable : celui de Calvacabo (1617), celui de Giganti (1606) et celui de Dancie (1623). Les deux premier sont des traductions de traités italien, et les termes sont des traductions directes de cette langue, le troisième introduit des termes spécifiquement français. La date de parution de l'ouvrage en français ne représente pas, pour les deux premiers, l'époque à laquelle ils ont été écrit dans leur langue originelle : le traité de Calvacabo a été écrit vers 1580, celui de Giganti vers 1598. Il est important de noter que la terminologie de cette époque n'est pas fixée. Chaque Maître employant son propre système, il peut y avoir plusieurs termes décrivant le même concept, ou des concepts très voisins.
La distance et le temps Toute forme d'escrime se base sur la gestion de la distance et celle du temps. Dans ce domaine, nous utilisons toujours la même terminologie aujourd'hui, avec des définitions qui se sont adaptées à l'escrime sportive. La distance entre les escrimeurs est définie par la mesure, qui vient de l'italien "misura". Être en mesure signifie être à une distance telle qu'il soit possible de frapper l'adversaire en étendant le bras et en faisant un pas. Être hors de mesure signifie qu'avant de pouvoir porter un coup il faut s'approcher de l'adversaire d'au moins un pas, et que l'adversaire ne peut nous atteindre d'un coup. Gagner ou Serrer la mesure : S'approcher de l'adversaire pour se mettre en mesure. S'accompagne du placement de l'épée de telle sorte que l'adversaire ne puisse frapper directement pendant l'approche. Rompre la mesure : S'éloigner de l'adversaire pour se mettre hors de mesure. Le temps, qui vient de l'italien "tempo", représente la durée d'exécution d'une action simple : déplacement d'un pied, déplacement de la main, allongement du bras, mouvement simple de la pointe de l'épée... Lorsque l'escrimeur est en mesure, le temps détermine le moment ou il peut frapper son adversaire. Prendre le temps signifie mettre à profit un mouvement de l'adversaire pour le frapper sans qu'il ne puisse le faire, ni parer ou esquiver le coup.
Les gardes et postures Les auteurs anciens parlent indifféremment de garde ou de posture pour désigner un certain nombre de positions de référence, qui permettent à l'escrimeur d'être apte à recevoir ou à donner les coups. Ces positions sont au nombre de quatre, définies principalement par la position de la main dans l'espace, mais désignent également la position générale du corps. Pour éviter la confusion avec la terminologie moderne ou ces termes recouvrent des positions différentes, j'ai coutume d'utiliser pour les désigner les termes italiens dont ils sont issus. Toutes ces positions s'entendent la pointe de l'épée menaçant les parties vitales de l'adversaire, la tête ou la poitrine, la position de la pointe par rapport à la main n'étant jamais précisée. Prima : Appelée "première" ou "prime", elle se caractérise par la main au dessus de l'épaule, le pouce dessous, le bras étendu. Les quillons de l'épée sont verticaux. Seconda : Appelée "seconde", elle se forme le bras étendu à hauteur de l'épaule, la paume de la main tournée vers le sol. Les quillons sont horizontaux. Terza : Appelée "tierce", elle se prend bras fléchi, main à hauteur de la hanche sur la droite du corps (pour un droitier), la jointure des doigts vers le bas. Les quillons sont verticaux. Quarta : Appelée "quarte", elle se prend la main à gauche (pour un droitier), la paume de la main tournée vers le haut, le bras fléchi ou étendu. Les quillons sont horizontaux. Dans la description des coups, ces termes sont utilisés pour décrire la position de la main et du bras lors des mouvements de l'épée 'ex : coup de seconde, ou coup en main de quarte...). Sur le pied droit : La posture est formée pied droit en avant. Sur le pied gauche : La posture est formée pied gauche en avant. La contregarde ou contreposture est une garde ou posture formée hors de mesure de telle sorte que l'adversaire ne puisse donner un coup direct (cad sans passer sa pointe de l'autre côté de l'épée). Même si ce n'est pas toujours précisé, cette condition est pratiquement toujours sous entendue comme préalable à l'approche de l'adversaire, pour éviter le coup direct pendant le déplacement.
Les déplacements Pas : Sans autre précision, le pas désigne l'écartement des pieds Pas ordinaire : Déplacement vers l'avant pour approcher l'adversaire, de la longueur d'un pas, sans croiser les pieds. Pas extraordinaire : Déplacement du pied avant en laissant le pied arrière sur place, utilisé pour porter le coup d'estoc. C'est l'équivallent de notre fente actuelle, la réalisation en étant différente car devant pouvoir être utilisée sur un sol incertain. Serrer le pas : Rapprocher le pied arrière du pied avant, principalement pour préparer une attaque. Passer : Passer le pied arrière devant le pied avant. Contrepasser : Après avoir passé, passer de nouveau, toujours vers l'avant. Entrer du pied gauche : Déplacement d'attaque passant le pied gauche en avant du pied droit. Laisser le pied : Pour esquiver un coup, consiste à passer le pied avant derrière le pied arrière. Lâcher le pied : Comme le précédent, passer le pied avant derrière le pied arrière. Pied ferme : Pour porter un coup, laisser le pied arrière en place. Equivallent du pas extraordinaire.
L'épée Le fort : Désigne la partie de la lame s'étendant de la garde au milieu de celle-ci. C'est la partie qui sert à parer les coups adverses. Le faible : Désigne la partie de la lame s'étendant du milieu de celle-ci à la pointe. C'est la partie utilisée pour porter les coups. Le débile : Désigne le faible de la lame. C'est la traduction de l'italien "debole"
Les coups Estocade : Coup porté de la pointe de l'épée. Estocade longue : coup d'estoc porté au moyen d'un pas extraordinaire. Botte : Traduction de l'italien "botta". La signification est la même que l'estocade longue. Estramaçon : Désigne un coup de taille, a priori donné de haut en bas. Fendant : Coup de taille donné verticalement de haut en bas. Mandritte : Traduction de "mandritto", désigne un coup de taille donné de droite à gauche. Traverse : désigne un coup de taille donné de gauche à droite. Volter une taille : Donner un coup de taille d'un tour de poignet. Riposte : Coup porté en parant ou après avoir paré l'attaque adverse. Il est important de noter que la simultanéité est recommandée entre la parade et la riposte dans le jeu de la rapière, la riposte frappant donc idéalement dans le temps de l'attaque. La parade peut se faire avec la garde de l'épée (coup en opposition) ou avec la main gauche armée ou non.
Le jeu avec l'épée adverse Si les escrimeurs du XVIIème siècle connaissaient les notions de couverture, de ligne libre ou fermée, les concepts de leur escrime sont sensiblement différents de ceux que nous utilisons aujourd'hui. Ainsi, un même terme de cette époque peut correspondre à plusieurs termes aujourd'hui, et un terme actuel peut nécessiter plusieurs termes de l'époque pour sa définition. Exemples : le dégagement actuel se traduit par "caver, puis porter le coup" ou "dégager l'épée, puis porter la botte". "Caver" peut signifier à la fois passer simplement la pointe de l'épée de l'autre côté de la lame, changer d'engagement et dégager au sens actuel du terme. La distinction entre des actions offensives et contre-offensive n'est pas encore en place : la lecture seule du texte ne permet pas toujours de faire la distinction, et seule l'expérimentation armes à la main avec des simulateurs fidèles permet de mettre en lumière une différence. Serrer l'épée : Concept offensif. Consiste à placer son épée de telle sorte que la pointe soit en position de frapper, alors que le fort et la garde sont placés de façon à ce que l'adversaire ne puisse donner un coup direct. Le contact avec la lame adverse n'est pas obligatoire. Gagner l'épée : Concept offensif. Consiste à placer son épée contre la lame de l'adversaire de telle sorte que le fort maîtrise la faible de l'arme de l'adversaire, la pointe placée sur une cible libre. Couvrir l'épée : Traduction de l'italien "coprire la spada". Concept défensif. Consiste à placer son épée sur la lame de l'adversaire pour lui interdire un coup direct, alors qu'on se retire après avoir frappé. Engager l'épée : Concept défensif. Consiste à placer son épée contre la lame de l'épée adverse pour lui interdire un coup direct, alors qu'on se retire après avoir frappé. Dégager l'épée : Consiste à replacer la pointe de l'épée en direction d'une cible libre, en passant de l'autre côté de la lame adverse. Il n'y a pas de notion d'attaque à priori. Caver : Traduction de l'italien "cavare". Consiste à passer la pointe de l'épée de l'autre côté de la lame adverse. Aujourd'hui ce terme a complètement changé de sens. Caver peut inclure une notion d'attaque, mais pas obligatoirement. Changer : Terme français équivallent à "caver", consiste à passer la pointe de l'autre côté de la lame. Cavation, cavement : Action de caver. Contrecavation : Consiste à caver sur une cavation adverse. Contraster : Repousser la lame adverse en s'appuyant dessus avec sa propre lame. Contraste : Action de contraster.
Tourner le noeud de la main : Passer de pronation en supination ou inversement. Appel : Feinte de l'épée pour attirer la parade adverse. Avaler l'épée adverse : Consiste à abaisser la main pour écraser le faible adverse avec la garde ou les quillons. Utilisé pour contrer une attaque adverse dessous.
La défensive Esquiver : Soustraire la cible au coup adverse. Effacer : Esquiver un coup d'estoc en tirant l'épaule arrière vers l'arrière. Me semble équivallent du "scanso" italien. Volter le corps : Esquiver un coup en pivotant vers l'arrière sur le pied avant. Laisser le pied : Consiste à passer le pied avant derrière le pied arrière. Reparer : Synonyme de parer.
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