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Q: Il y a déjà
de l’escrime sportive, fleuret, épée et sabre et de
l’escrime artistique ou de spectacle. Pourquoi chercher une autre
pratique ?
Simplement pour intéresser une population qui ne l’est
pas par les formes d’escrime proposées actuellement. L’escrime
sportive a une image éloignée de celle que nombre de personnes
ont du maniement de l’épée, et tout le monde n’est
pas capable de se produire en spectacle. Or sans spectacle l’escrime
artistique n’a guère de raison d’être.
D’autre part, Maître d’Armes d’un club d’escrime
sportive majoritairement dédié au sabre de compétition,
je recherchait une activité de loisirs complémentaire,
moins exigeante que l’escrime de spectacle en ce qui concerne
ma disponibilité, utilisant l’attrait que j’ai depuis
longtemps pour les formes anciennes de l’escrime.
L’escrime de duel a en commun avec l’escrime sportive le
fait de porter les coups, mais s’en éloigne du fait que
les règles d’assaut tendent à reproduire le concept
: « que se passe-t-il si l’arme est réelle ? ».
Il n’y a pas de convention, le tronc et la tête sont des
« zones mortelles » et un coup porté dans cette zone
met fin au combat. Les autres coups occasionnent des blessures, qui
rendent le blessé incapable de poursuivre le combat après
un certain nombre de coups reçus. Le jeu de l'escrime sportive
consiste à porter des touches, en tous cas plus que l'on en reçoit
; en escrime de duel, le jeu consiste à ne pas se faire toucher.
En commun avec l’escrime de spectacle ou artistique, l’escrime
de duel revisite l’Histoire de notre discipline. Les coups que
nous apprenons sont issus des traités que nous ont laissé
nos ancêtres. D’autre part nous réfléchissons
à des protections complémentaires destinées à
personnaliser nos tenues afin de leur donner un aspect plus historique.
Mais l'escrime de duel recherche l'efficacté des coups et non
l'esthétique visuelle, et les combats sont des affrontements
qui ne sont ni réglés ni réalisés en coopération.
Enfin, nous appliquons la même règle quelle que soit l’arme
employée, ce qui permet éventuellement d’opposer
une rapière à une épée de cour, ou à
une épée de transition et de confronter différents
styles de combat.
Professionnellement, je pense que cette discipline peut amener à
une pratique de l’escrime une population qui ne se sent pas concernée
par ce qui est actuellement proposé, en quête à
la fois d’imaginaire, d’authenticité et d’historicité.
C’est donc à ce titre une piste pour augmenter le volume
d’adhérents des clubs, et pour mes collègues un
marché potentiel.
Q: Quel est le but de cette pratique
?
Le but de cette escrime est de se rapprocher autant que possible de
celle que pratiquaient nos ancêtres, en duel ou pour s’entraîner
en vue de celui-ci, avec des armes se rapprochant d’aussi près
que possible de celles de l’époque. Bien évidemment,
nous respectons des règles de sécurités comparable
à celles de l’escrime sportive, voire supérieures,
dans la mesure ou nous portons les coups « à toucher ».
Q: Avez vous inventé cette
pratique ?
Ce type de pratique existe déjà à l’étranger,
notamment aux Etats-Unis, en Angleterre et en Italie, depuis une quinzaine
d’années. Ces pratiques sont une source d’inspiration
qui nous offrent un modèle que nous adaptons. D’autre part
nos ancêtres nous ont laissé des traités décrivant
les coups employés, sur lesquels nous basons nos techniques.
Nous ne pouvons donc pas prétendre avoir inventé cette
pratique, juste éventuellement redécouverte.
Q: Manier des armes anciennes
en opposition réelle doit être dangereux ?
Les armes que nous utilisons ont une lame spécialement étudiée
pour ces pratiques, mouchetée et flexible. Ces lames existent
en 90cm ou en 1m de longueur. Notre tenue de base est la tenue d’escrime
sportive, que l’on peut compléter par des protections supplémentaires
(gambison, coquille…). Le masque d’escrime est évidemment
de rigueur.
Q: Pourquoi parler de duel alors
qu’il n’y a pas de mort à la fin ?
D’abord parce que nous cherchons à nous rapprocher autant
que possible de la situation de duel, le risque vital en moins. Le fait
d’avoir instauré un système en une seule touche
incite à penser l’assaut très différemment
qu’en 5 ou 15 touches. Ensuite parce que les techniques que nous
essayons de mettre en œuvre sont décrites dans des traités
écrits en vue du duel. Enfin parce qu’avant de se retrouver
sur le pré, les escrimeurs s’entraînaient dans des
salles d’armes avec des armes neutralisées (appelés
fleurets, ancêtre de notre fleuret sportif) et que si nous sommes
éloignés du duel proprement dit (du fait de l’absence
de mort) nous devons être proche des entraînements qu’ils
avaient.
Q: Lors des assauts il y a un
vainqueur et un vaincu. C’est donc de l’escrime de compétition
?
Si l’on entend par là que lorsqu’il y a confrontation,
opposition il y a compétition, oui.
Si en revanche on se réfère au système utilisé
en escrime sportive, non. Le premier élément de réponse
est que l’arbitrage se fait de gré à gré.
Lorsqu’un tireur considère que le coup de l’adversaire
lui aurait été fatal, il arrête le combat. D’autre
part si nous envisageons des rencontres avec d’autres groupes,
c’est dans l’esprit de confrontation de techniques et de
connaissances, pas de faire un classement avec un premier et un dernier.
Q: Peut-on électrifier
le matériel, comme en escrime sportive ?
Certainement pas ! Même si c’est techniquement possible,
ce serait stupide et nous n'en avons pas besoin
D’abord parce que cela détruirait immanquablement l’esprit
qui fait le charme de cette escrime, basé sur l’honneur.
Le fait d’introduire un système de matérialisation
des touches revient à dire : le vainqueur est celui qui allume
la lampe. Autant faire de l’escrime sportive. D’autre part
l’appareillage électrique impose de pratiquer dans une
salle. L’un des charmes de cette escrime est de pouvoir expérimenter
le combat à l’extérieur, sur un pré, une
bande de terre, le fossé d’un château...
Une autre raison est d'ordre technique. Les systèmes électriques
possibles actuellement reposent sur celui de l'épée ou
du sabre. Or le système de l'épée interdit les
coups de taille, ainsi que des instruments autres que l'épée
et la dague. Exit le manteau ou le bouclier. Celui du sabre nécessite
une cuirasse électrique. Exit les costumes. Enfin les lames des
armes électriques font 90 cm, ce qui est le gabarit d'une épée
de cour et non d'une rapière. En fait, électrifier cette
discipline lui enlèverait beaucoup, à commencer par l'aspect
historique, pour un gain contestable...
Q: Cette escrime est-elle conforme
à celle pratiquée par nos ancêtres ?
Très franchement, nous n’en savons rien…
Ou plutôt, nous essayons de coller au maximum à ce que
nous connaissons des armes, des techniques employées, de l’esprit
et des façons de se battre à l’époque. Le
fait de ne pas risquer sa vie introduit une distance, que nous compensons
en déclarant le match fini à la première touche
considérée comme mortelle. Je pense que nous devons être
proche des combats d’entraînements, en l’état
actuel de nos connaissances.
Q: Cette escrime est-elle destinée
à des représentations publique ?
A priori non, du moins pas dans le style de ce que peut proposer l’escrime
artistique. En revanche il est possible de faire des démonstrations,
comme on peut en faire en escrime sportive. Il est possible de monter
également une présentation des techniques en usage à
ces époques, avec une partie assaut pour illustrer.
Mais en l’état ce n’est pas le but premier de cette
escrime.
Q: Pourquoi ne pas parler d'art
martial ?
Simplement parce que ce que nous pratiquons est de l'escrime, et s'est
toujours appellé escrime. D'autre part pour les périodes
qui nous intéressent, du XVIème au XVIIIème siècle,
le duel est une affaire civile. On peut aussi parler d'escrime ancienne
ou d'escrime historique.
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